COSSEY, Crystal – Ma femme… ce monstre

4ecf8b2f0439dedcb5745913c432755147d5ffd7Quatrième de couverture

Rien ne prédestine ce charmant jeune homme, militaire, à rencontrer celle qui va le détruire durant presque trente ans. Obligé de l’épouser seulement quelques mois après l’avoir rencontrée, il endosse une paternité qui n’est pas de son fait. Nous sommes dans les années quatre-vingt. Elle n’aura de cesse de le frapper, l’humilier, le bafouer, salir le nom et la position sociale qu’il lui apporte. Sur fond d’alcoolisme et de sexualité salace et scabreuse avec des amants de passage, des « baltringues », cette femme va tenter de l’entrainer dans cette vie dépravée. Jamais il ne tombera dans ce précipice, au grand désespoir de Hyacinthe. Bien qu’il essaie de parler de ce qu’il vit, des coups, des blessures, dont il gardera à jamais les blessures psychologiques, dès qu’une personne intervient afin de le sortir de cet enfer, la seule réponse qu’il peut fournir est « Ce n’est pas de sa faute ». Faudra-t-il attendre qu’elle attente à sa vie pour qu’il sorte enfin de cet abîme ?

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EN PARTENARIAT AVEC LES EDITIONS EVIDENCES.

 


L’avis de Telesia

« Ce n’est pas de sa faute. ». Rien de bon ne résulte des arguments non fondés. Et pourtant, de nombreux et nombreuses conjoint.e.s ne cessent d’exprimer celle-ci, tandis que leur vie de couple ressemble de plus en plus aux enfers. Lorsqu’il est question d’honneur et de droiture, le bonheur n’est pas toujours au rendez-vous, rendant la tâche plus simple aux individus mesquins et très peu consciencieux. C’est à travers Ma femme… ce monstre que Crystal Cossey retranscrit le témoignage poignant de Pierrick de Quevernnec, alliant ainsi témoignage et récit. Si l’auteure n’a pas vécu les faits, elle a pu les observer, si bien que son œuvre est teintée d’amertume envers cette injustice trop étendue dans le temps. D’un autre côté, qui eut cru que de Quevernnec, un militaire brillant au fort caractère, put se montrer si soumis envers une femme qui ne lui a jamais montré un seul signe d’affection ?

 

Entre témoignage et récit, la frontière est mince ! Puisque ce n’est pas Crystal Cossey qui a vécu les faits, mais Pierrick de Quevernnec, l’œuvre offre un rendu assez particulier au sein duquel on ne sait pas toujours se positionner. L’auteure fait preuve d’une franchise on ne peut plus violente alors qu’elle rédige sa « Confession inime » en début d’œuvre, exprimant ainsi tout son ressenti envers cette femme -ce monstre- qu’est Hyacinthe. En revanche, le personnage de cette dernière semble surjoué par rapport à la réalité : est-ce une accentuation de l’auteure ou un reflet du réel à travers les émotions et sentiments de Pierrick ? La lecture, un tant soit peu lente et laborieuse, est ponctuée par une syntaxe parfois maladroite, bien que soulignant un récit naturel, personnel et spontané, que l’on suppose très peu retravaillé – dans l’intérêt du témoignage d’origine. L’œuvre est centrée sur la relation de Pierrick et Hyacinthe et très peu sur le reste ; aussi ne perd-t-on pas de temps en détails, tandis que plus de vingt-sept ans défilent en quelques pages. La sélection faite par l’auteure n’en est que plus efficace, bien que l’on sente sa haine personnelle plus que celle de Pierrick.

De Quevernnec est une personne d’apparence soumis et pourtant possédant un très fort caractère. S’il a beaucoup de répondant, il possède également un sens de l’honneur exceptionnel : jamais il ne lèvera la main sur sa femme. « Je ne cède rien » affirme-t-il. Peut-être est-ce pour cette raison que son épouse se sent obligée de le maltraiter au possible ? Peu à peu, Pierrick tombe dans une dépendance émotionnelle bien malgré lui : « Dès les premières semaines, je lui donne de très mauvaises habitudes », et à lui aussi. En voulant se rassurer, il entretient de fait son déni et sa naïveté vis-à-vis de leur relation. Il met « son humeur maussade sur le compte de sa grossesse », et réagit à peine à « la première baffe » alors qu’il s’agit en réalité de la seconde. Par ailleurs, malgré sa réticence à s’occuper d’un enfant qu’il est persuadé ne pas être de lui, le changement est très radical entre « son bébé » et « le bébé », puis enfin « mon bébé ». Alors qu’il est pris au piège au côté d’un enfant auquel il s’est attaché, le coup fatal survient… en même temps que les sentiments.

A travers ce témoignage, de nombreuses vérités font surface. Les violences conjugales restent un terrain glissant sur lequel les possibilités multiples restent très peu explorées en termes de solutions et d’accompagnement. La dépendance émotionnelle, souvent inconsciente, alimente les habitudes et dissuade de la rupture. C’est pourquoi le partage de ces périodes de vie peu glorieuses+ sont importantes pour de nombreuses personnes. L’œuvre de Crystal Cossey est en soi un incontournable, puisqu’elle retranscrit de nombreux faits et gestes dont tout le monde devrait être au courant.

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