BONACINA, Isaura – Stigmatis : Le sceau des insurgés

couv75291526.pngQuatrième de couverture

Ivy Naicetone a vu sa vie basculer du jour au lendemain. Agent pour un organisme privé de haute sécurité, elle n’est désormais plus que l’ombre d’elle-même depuis son accident sur le terrain et l’annihilation de son équipe. Les responsables ? Un groupe d’individus se faisant appeler le « Sceau des Insurgés », les nouveaux ennemis d’un gouvernement trop laxiste. Malgré sa souffrance et ses angoisses, elle devra faire face à ce lot de nouveauté qui s’imposera de lui-même. Partagée entre sa rééducation et son désir d’action, Ivy Naicetone parviendra-t-elle à retrouver les responsables de son état et mettre fin à ce groupe de rebelles qui sévit désormais, brisant la sérénité de tout un peuple ?

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EN PARTENARIAT AVEC LES EDITIONS EVIDENCES.

 


L’avis de Telesia

Lorsque l’armée fait partie d’un quotidien, il est difficile de trouver des ouvrages de fiction qui en traitent, et qui semblent réalistes, bien renseignés. Pourtant, c’est presque sans accrocs qu’Isaura Bonacina livre un roman du genre particulièrement bien construit. Alors qu’elle met en scène de nombreux personnages, la protagoniste principale, Ivy Naicetone, représente à elle seule tout un axe du récit. Associée à un schéma de narration spécifique, la jeune militaire devient rapidement un modèle de fierté et de réussite -si tant est que ce soit le mot juste. Présente tout au long de ce roman, scindé en deux parties implicites, elle instaure, à travers un choc des registres et une diversité des champs lexicaux, un réalisme dont le roman ne saurait se passer.

C’est Ivy Naicetone, affiliée à l’ASSLI depuis de nombreuses années, qui prend la parole tout au long du roman. D’une narration simple et naturelle, elle livre un récit brut, au vocabulaire tout aussi dur qu’il représente un réalisme d’une violence indéniable. En tant que femme forte, fière et déterminée, elle fait partie de l’élite de l’agence, et donc de la France elle-même. Alors qu’elle a enfoui sa sensibilité au plus profond de son être tout au long de sa vie, sa convalescence lui permet malgré elle d’y regoûter, lui fournissant sans qu’elle ne s’en rende compte tous les appuis dont elle eut besoin. Anéantie face à son impuissance physique et à la disparition de certains de ses souvenirs, c’est toute sa personne qu’elle sollicite afin de retrouver ses capacités d’antan. Avec sa force d’esprit et ses compétences hors normes, elle représente un modèle de fierté et d’ambition pour les lecteurs liés – de près ou de loin – aux Armées Françaises. Son récit est ponctué de retours dans le passé coïncidant plus ou moins avec le présent : passé et présent s’attirent, se mêlent l’un à l’autre et se complètent. Ce schéma de narration a pour conséquence de révéler une femme meurtrie et utilisée, tandis qu’elle se pense comblée tout au long de sa jeunesse.

L’ensemble du roman semble divisé en deux parties succinctes. La première concerne la convalescence d’Ivy, son combat intérieur ainsi que sa reprise de conscience face au monde qui l’entoure. Sa frustration vis-à-vis de son incapacité est ponctuée par des révélations de plus en plus surprenantes. De nombreuses questions se posent alors que l’idée d’une traque fait son apparition : qui a voulu la tuer ? et pourquoi ? Elle s’entoure alors de relations plus ou moins durables, sans pour autant donner sa confiance à tout va. Son rééducateur, James, devient peu à peu son pilier principal, auquel elle se confie sans retenue malgré l’amoncellement de mystères qui l’accompagne. A l’issue de son rétablissement, de nouvelles données entrent en jeu. Outre les nombreuses tentatives d’atteinte à la personne d’Ivy, l’hypothèse d’un complot de grande envergure voit le jour. Il s’agit là du point culminant du roman, tandis que le suspense est à son plus haut niveau. A cette occasion, Ivy se construit une jolie petite équipe. Ne cessant malgré tout de répéter que son « isolement est un atout », cela ne l’empêche pas d’accepter une relation de couple particulière, puisqu’il s’agira en effet d’un trio : « lorsqu’il apparût, le même sentiment que je ressentais pour Rick explosa dans mon estomac ». Malgré cette situation des plus extravagantes, ainsi que quelques longueurs retrouvées aussi bien dans la première que dans la seconde partie du roman, le scénario est réfléchi et cohérent, mais avant tout captivant.

L’ouvrage est complété par un réalisme hors du commun. Avec une parfaite maîtrise des registres, Isaura Bonacina offre au lecteur une immersion complète au sein du monde militaire. Son champ lexical est omniprésent, et les valeurs de l’armée mènent le récit. Le contexte de l’OPEX initiale est amené par des termes spécifiques : « pays désertique », « escadron », « mission », « base », « hummer ». Lorsque Ivy s’exprime par « Je n’ai jamais vu la mort d’aussi près », le lecteur est confronté à la terrible réalité du traumatisme post-traumatique auquel le soldat engagé s’expose chaque jour au cours duquel il exerce sa vocation. Associés à ce rappel, le registre de la panique, mis en avant notamment à travers certaines incohérences : « Le soldat supplie le conducteur d’aller plus vite, d’éviter les crevasses » ; et celui de la douleur et du désespoir : Ivy fait alors part de sa « misérable condition », de son « illusion d’une existence inutile ». Ils sont en contradiction totale avec l’humour dont elle fait preuve, alors que ses convictions se bousculent sans arrêt dans ses pensées. Finalement, comme une touche classique apposée sur l’œuvre, l’habituelle corrélation entre haine, amour et jalousie accompagne la protagoniste tout au long du récit, reflétant sa recherche de soi-même alors qu’elle découvre une facette qu’elle s’est caché à elle-même toute sa vie.

Stigmatis : Le sceau des insurgés est une lecture d’aventure dans laquelle on se plonge sans retenue. Elle n’est pas du genre à se savourer, mais plus à dévorer. Dans un style de narration très personnel, Isaura Bonacina livre un récit hors du commun, à lire absolument.

 

– Je n’abandonne jamais.

– Alors pourquoi ai-je l’impression que c’est ce que vous faites en ce moment ?

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