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Cher lecteur, dans cette chronique un peu particulière, je te parle de Jerry Grey, personnage principal, en te mettant à sa place, en te faisant survoler son monde. Tu retrouveras ce format d’écriture dans une bonne partie de l’oeuvre de Paul Cleave, et j’espère que mon choix t’incitera fortement à te plonger dans son roman très rapidement.

Par ailleurs, je tiens à remercier les éditions Sonatine, qui m’ont fait confiance pour un partenariat de plus. –Telesia.

 

« Il y a pire que de tuer quelqu’un : ne pas savoir si on l’a tué.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire d’abominables histoires, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Ce jeu dangereux peut parfois prendre des proportions inquiétantes et favoriser un passage à l’acte aux conséquences funestes. Eux les premiers, qui pensent connaître toutes les ficelles du crime parfait, ne sont pas à l’abri de faire de leurs fictions une réalité.

Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier, qui ne sait plus très bien aujourd’hui où il en est. À force d’inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n’aurait-il pas fini par succomber à la tentation ? Dans cette institution où on le traite pour un alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu’il est persuadé d’avoir commis des crimes ? Quand la police commence à soupçonner les histoires de Jerry d’être inspirées de faits réels, l’étau commence à se resserrer. Mais, comme à son habitude, la vérité se révèlera bien différente et bien plus effroyable que ce que tous ont pu imaginer !« 

 

Jour Fin de lecture + inconnue (appelons-là x):

Et si tu recommençais ? Ton énième Carnet de la Folie mérite au moins de bien commencer, non ?

Jour FDL + x:

Avoir connaissance de certains éléments donnés sur la quatrième de couverture, c’est une chose. Mais en aucun cas cela ne te prépare à la réelle situation exposée. A quoi tu t’attendais, en lisant celle de Ne fais confiance à personne ? Tu ne comprends pas grand chose, n’est-ce pas ? Tu élabores tout un tas d’hypothèses et de scénarios avant même d’avoir lu ne serait-ce que la première ligne.

Eh bien, habitue-toi, parce que passée cette fameuse première ligne, ce sera la même chose à chaque fois! Impossible de se plonger dans ton univers, celui de Jerry Cutter… euh, de Henry Grey! à moins que ce ne soit Jerry Grey ? Oui, c’est ça. Tu es Jerry Grey. Tu es atteint de démence. Tu étais écrivain. Tu écrivais des romans policiers. Et tu as encore oublié ton identité. Jerry était confus. Jerry a merdé. Jerry est complètement cingléMerci, Henry. Alors, que disais-tu ? Ah! Tu te souviens. Reprenons. Impossible de se plonger dans ton univers, celui de Jerry Grey, sans te retourner le cerveau, sans réfléchir un max, sans te torturer l’esprit pour trouver la vérité. Eh oui, parce que c’est pas facile de réfléchir quand le Capitaine A prend le contrôle. -Qui est ce Capitaine A ? -C’est comme ça qu’il appelle son Alzheimer.

Tu veux que je te raconte ton histoire ? Ou que je te l’explique ? M’enfin, tu as l’air de t’être reconverti à l’écriture de chroniques et de critiques, alors il ne faudra surtout pas que tu révèles la fin. Ce serait pas sympas. Vraiment pas. Mais tu me diras, si tu commences à lire le livre qui raconte ton histoire, c’est que tu n’as plus trop de lucidité, Futur Jerry.

Alors pour commencer, il faut que tu saches une chose: la première scène, c’est la pire. Tu sais, ton histoire est qualifiée de thriller. Pas étonnant. Mais les scènes de meurtre ne t’ont jamais autant perturbé que la première scène. Tu ne comprends pas ce qu’il se passe. Tu as oublié que tu loues ta tête au Capitaine A. Et tu es persuadé d’avoir tué quelqu’un. Suzanne avec un z. Tu étais amoureux d’elle. Et tu l’as tuée. Donc tu avoues. Et là… Et là, je vais m’arrêter, sinon, tu ne seras plus surpris au moment de ta lecture.

 

Ce qui compte, c’est que désormais, tu vis en maison de santé. C’est pas une grande nouvelle. Tu ne t’es pas spoilé, promis. Et donc voilà, quand tu le (re)découvres, en sortant de la salle d’interrogatoire, tu trouves ça horrible. Ca te conforte dans ton sentiment de base, celui qui te persuade que chaque famille devrait prendre soin de ses aînés. En plus, dans le bouquin (je dis pas que c’est le tient, parce que c’est pas toi qui a écrit le roman; enfin pas son intégralité, mais y a quand même des passages à toi; on y revient après), un coup tu es dans le présent, un coup dans le passé. C’est dingue. Le passé avance vers le présent (normal) et le présent te rapproche de la vérité du passé (tu te souviens, pour savoir si tu es coupables ou pas…). On dirait deux trains qui se rejoignent à une vitesse de plus en plus grande. La fusion en sera d’autant plus violente, mais au moins, ils ne feront plus qu’un (ouai, t’as toujours été porté sur l’humour noir).

Le passé, tu y as accès grâce à ton Carnet de la Folie. Tout le monde dit que c’est un journal intime, mais PAS DU TOUT! Henry saura te l’expliquer. Mais son heure n’est pas encore venue. D’ailleurs, j’ai remarqué un truc, FJ (=Futur Jerry, je te rappelle ça mon vieux), c’est que quand tu écris dans ton Journal de la Folie Carnet de la Folie, ou quand tu parles, on dirait les phrases d’un gamin. Genre ceux du parc où tu aimais bien attendre après un de tes crimes (mais attends, tu sais même pas si tu les as vraiment commis!). Enfin, dans tes romans policiers, tu avais l’air beaucoup plus mature… Mais bon, c’est comme ça! Ca prouve que tu es fou.

 

Et puis, tu crois l’avoir déjà écrit mais, tu n’en es pas sûr alors… autant le rappeler! Tu aimes ta femme. Tu n’es pas fan de ta voisine, mais tu es fan de desserts. Mais même si tu aimes ta femme, il faut avouer que… eh bien… tu es devenu un peu paranoïaque avec elle. Tout ce que tu as écrit sur elle, c’était très malsain. Mais ça, tu ne t’en es jamais rendu compte. Parce que tu l’aimes. Tu comprends ?

Elle s’appelle Sandra. Elle t’aime aussi. Mais elle te surveille quand même. Tu sais, au cas où tu t’enfuirais. Elle te dit tout le temps Je savais que c’était toi!. En fait, ces derniers temps, vous avez eu une relation assez malsaine, tu trouves pas ? Tu ne t’en souviens probablement pas. Tu devrais lire le roman, pour savoir. Parce que ton premier Carnet, tu l’as perdu. Comme le Gin. Et le revolver.

Et puis tu as Hans aussi. Au début, il ne fait pas vraiment bonne impression, mais il est très sympa comme gars. C’est lui qui te soutient le plus dans toute cette affaire. Par exemple, comme tu écris ce que tu sais, et tu fais semblant pour le reste, il t’apprend certains trucs. Comme crocheter des serrures (et avec ça, tu t’enfonces encore plus, n’est-ce pas ?).

Mais UNE CHOSE dont tu es persuadé, c’est que toi, FJ, et moi, Jerry Présent, on perd la tête. Enfin on a perdu la tête. On est paranoïaques, et jaloux… du boulanger. Alors que tu es fan de desserts.

En tout cas, tu peut-être sûr d’une chose, c’est que Paul Cleave a fait de ton histoire -à ce stade, tu sais même pas si elle est réelle, ou si il l’a inventée et que tu te l’es appropriée- un roman fantastique. Plein de suspens. Même toi, qui a vécu tout ça (et qui ne t’en souviens pas), tu vas être bluffé. Enfin si tu le lis pendant l’un de tes moments de lucidité, Henry saura te mener sur la bonne voie, et peut-être que tu devineras tout au milieu du récit. Mais ce qui compte, c’est que cette histoire… Elle déchire! (ouai, j’ai tenté une phrase hip-hop, J-man).

Et dernière chose. Tu te demandes qui est Henry ? Je vais pas tout t’expliquer, sinon tu n’auras plus trop de surprise. Mais c’est presque un personnage à part entière. Je crois que tu es schizophrène en fait. FJ, actuellement, Henry dort. Depuis que… Depuis la dernière scène du roman. Evite de le réveiller. Il peut être dangereux, parole de Hans!

 

Note: 17/20

« L’homophobie n’est pas très répandue dans ce pays, mais elle montre quand même sa sale tronche de temps à autre. Tu n’as jamais compris ça. Les homos ont tendance à être plus soignés, mieux habillés et plus sophistiqués -s’ils étaient hétéro, ils piqueraient toutes les femmes. » ~Jerry à lui-même, dans son Carnet de la Folie

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