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« Psychologue réputée pour son expertise dans les affaires criminelles, Abigaël souffre d’une narcolepsie sévère qui lui fait confondre le rêve avec la réalité. De nombreux mystères planent autour de la jeune femme, notamment concernant l’accident qui a coûté la vie à son père et à sa fille, et dont elle est miraculeusement sortie indemne.

L’affaire de disparition d’enfants sur laquelle elle travaille brouille ses derniers repères et fait bientôt basculer sa vie dans un cauchemar éveillé… Dans cette enquête, il y une proie et un prédateur: elle-même.« 

 

L’avis de Telesia:

Imaginez une héroïne instable, et pourtant très douée; une héroïne attachante et déterminée; une héroïne à la Monk. Donnez-lui comme particularité une maladie qui, incorporée à un roman, peut parfois donner au surnaturel des allures plus vraies qu’au rationnel. Construisez autour d’elle une histoire policère bouleversante, intégrez-y un kidnapping d’enfants, et un drame familial. Donnez au tout un titre de roman intriguant, tel que REVER -quoi de plus déstabilisant qu’un roman policier surmonté d’un titre qui ne nous laisse en rien deviner le genre du récit. Finissez par une première de couverture aussi mystérieuse que la quatrième, et le tour est joué.

C’est de cette manière que le roman 2017 de Thilliez est apparu sur mes étagères Lilloises. Coïncidence étonnante, puisqu’Abigaël, psychologue narcoleptique, évolue elle-même dans cette ville du Nord. Dynamique, intelligente et surtout très intuitive, Abi est mère d’une jeune adolescente, Léa.

On le sait dès le départ, sa maladie la détruit petit à petit, jusqu’à ce que rêve et réalité ne deviennent qu’un. Mais alors que Thilliez nous livre comme prologue un évènement du 25 juin 2015, il nous narre par la suite tous ceux du passé, dans un ordre plus ou moins chronologique, effectuant ainsi des sauts dans le temps, indiqués par une frise située en début de chapitre. Le principe n’est plus nouveau, mais il est ici très bien utilisé. Les changements d’époque sont clairs et annoncés, permettant ainsi au lecteur de se repérer aisément. Néanmoins, ce fonctionnement peut de premier abord paraître tout aussi confus que frustrant, ce qui incite fortement à la réflexion.

Le désordre des actions implique une réflexion désordonnée mais pas moins trépidante: le passé et le présent se mêlent, de nombreuses théories voient le jour, se forment et évoluent. Soupçons, certitudes, rebondissements mènent peu à peu à une impatience maladive, au besoin de savoir.

En ce qui concerne l’enquête en elle-même, l’auteur ne se contente pas de nous tenir en haleine. Chaque phrase, chaque mot est une pierre de plus posée afin de construire l’escalier qui mènera au criminel. On ne tourne pas en rond, on ne recule pas -même lors de la découverte d’éléments du passé-, on ne cesse d’avancer. Rien n’est là uniquement pour combler les trous.

Plusieurs enquêtes sont en cours, plusieurs questions cherchent réponse. Et si au départ tout est séparé, on se rend finalement compte que tout est lié. L’auteur rend son lecteur d’autant plus confus que tout tourne autout de la folie: on doute de soi, Abigaël confond rêve et réalité, nous entrainant avec elle, tandis que le lecteur lui-même ne saurait trancher et répondre aux multiples problèmes posés.

Finalement, ce roman est représentatif du succès de Thilliez. Sans cesse dans le transfert d’émotion, il ne lache pas le lecteur une seconde: l’angoisse, la frustration, l’épouvante, l’horreur ressentis… Tous ces sentiments, toutes ces émotions deviennent celle du lecteur, qui pourtant n’est que spectateur. Un très bon récit qui mérite d’être lu, malgré, on l’avouera, une fin un tantinet trop banale, bien que la solution reste surprenante.

 

Note: 19/20

 

 

 

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